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Un PDG m’a appelé avec une tonalité grave dans la voix. 

« Si ce vice-président ne change pas de comportement, je vais devoir le licencier. Et ce sera la décision la plus difficile depuis que nous avons cofondé cette entreprise. »

« Que s’est-il passé ? » ai-je demandé.

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« Il épuise ses équipes. Il n’écoute pas. Ils ont peur de s’exprimer. Ils ont l’impression que leurs idées et préoccupations ne sont pas entendues. Il n’est jamais satisfait de leur travail. Mais je le connais depuis le début : il est une des raisons majeures de notre succès. Je ne sais pas quoi faire. Danny, peux-tu travailler avec lui ? »

Défi relevé

Le vice-président concerné s’est montré ouvert, prêt à réfléchir, disposé à écouter. Je l’ai accompagné, facilité des conversations difficiles entre lui et son équipe, et encouragé à assumer ses responsabilités sans tomber dans la défensive. Les progrès étaient lents mais réguliers.

Pour soutenir la démarche, j’ai fixé des réunions communes avec le PDG et le vice-président. Lors d’une de ces séances, le vice-président a tenté d’exposer son point de vue, mais le PDG l’a brusquement interrompu. Le vice-président, visiblement vexé, s’est renfermé et n’a pas pu continuer. La réunion a tourné court. J’ai proposé une pause pour laisser le vice-président se calmer.

Pendant la pause, je me suis doucement approché du PDG et je l’ai encouragé à réfléchir à l’impact de son comportement.

« Vous le faites se refermer, » lui ai-je dit. « Cela ne fait pas avancer le processus. »

Il hésita, puis dit quelque chose qui m’a vraiment surpris : « Je suppose que je lui fais exactement ce que je lui ai demandé d’arrêter de faire avec son équipe. »

Accepterait-il de dire cela à voix haute au retour du vice-président ? Le PDG a accepté.

Le vice-président est revenu dans la salle, le visage tendu et fermé. Sans hésiter, le PDG a dit : « Tu sais, je viens de réaliser que ce que je t’ai fait avant la pause est exactement ce que je te demandais de ne pas faire à tes équipes. Je ne t’ai pas écouté, je t’ai coupé la parole. Et maintenant je comprends que je fais cela avec toi depuis le début. J’en prends l’entière responsabilité. »

Ce moment a tout changé. C’était de la vulnérabilité à l’état pur – deux dirigeants, dépouillés de leurs défenses, se faisant face avec honnêteté et humilité. 

L’impact émotionnel était si fort qu’ils étaient à deux doigts de pleurer. Il n’y avait rien de plus à ajouter. L’aveu du PDG suffisait. La confiance a commencé à se reconstruire à cet instant même, donnant le ton à leur collaboration retrouvée, et ouvrant la voie à une confiance plus profonde dans toute l’organisation.

Cette histoire met en lumière une dynamique aussi cachée qu’essentielle au cœur du leadership : la puissance de la vulnérabilité et la capacité à reconnaître ses erreurs et à prendre ses responsabilités. 

Ce ne sont pas des signes de faiblesse, ce sont les fondations de la confiance. Et la confiance, c’est ce qui permet aux gens de s’investir pleinement dans leur travail. Sans ce socle de confiance et de sécurité, les personnes se sentent dépassées et déconnectées et, au final, elles ne peuvent pas vraiment s’intégrer.

Sans un véritable sentiment d’appartenance, il ne peut tout simplement pas y avoir d’engagement authentique.

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De la vulnérabilité à l’appartenance

Cette dynamique illustre ce que j’appelle le paradoxe de l’appartenance : cette tension entre notre profond besoin de faire partie d’un groupe et la nécessité tout aussi vitale de rester fidèles à nous-mêmes. 

Quand s’intégrer exige de diminuer ou de cacher des aspects essentiels de notre identité, la confiance se délite. Mais lorsque les leaders créent des milieux où l’on se sent à la fois inclus et libre d’être authentique, l’appartenance devient une force, pas un compromis. 

Ce paradoxe se retrouve au cœur de bon nombre de dysfonctionnements dans les équipes, les organisations, les sociétés. C’est aussi la clé pour les réparer.

Difficile de s’exprimer

Sous la pression des résultats trimestriels et de la concurrence, les dirigeants misent souvent sur la performance au détriment de la connexion humaine. Les équipes ressentent la pression et doivent atteindre leurs objectifs sans qu’on les écoute vraiment.

Dans ce contexte, les salariés taisent souvent leur singularité et privilégient la conformité à la créativité. C’est particulièrement vrai si leurs contributions remettent en question le statu quo. La confiance s’effrite, et le sentiment de distance s’accroît.

Le véritable sentiment d’appartenance implique bien plus qu’être membre d’une équipe : c’est être vu et reconnu pour ce que l’on est vraiment. Mais dans de nombreuses entreprises, les employés ont le sentiment de devoir « cacher » une partie d’eux-mêmes pour réussir. Quand les dirigeants privilégient les résultats au détriment d’un espace pour l’authenticité, la confiance disparaît.

Comme le montrent les enquêtes State of the Global Workplace de Gallup année après année (en 2024, seulement 21 % des salariés sont engagés), ce phénomène n’est pas rare. Les employés détectent vite ce qu’il est prudent de dire ou non, et quand ils n’ont pas le sentiment d’être entendus ou vus, ils se rétractent. Non pas par désengagement, mais par calcul : prendre la parole ne paraît ni sûr ni profitable.

Développer la confiance à grande échelle

J’ai été contacté pour intervenir dans une entreprise technologique internationale : la confiance s’érodait rapidement entre la haute direction et le niveau de management suivant. 

Les tensions s’étaient accumulées au fil des crises répétées telles que les retards de production, les objectifs manqués et les revers publics, chaque épisode étant suivi d’un schéma familier : la faute était rejetée vers le bas tandis que la responsabilité au sommet restait floue. La frustration montait. Les cadres intermédiaires avaient le sentiment d’être constamment sacrifiés.

Pour y remédier, j’ai organisé une conférence sur le leadership. Pas une énième réunion stratégique en dehors du bureau, mais un espace pensé pour confronter directement ces dynamiques. J’ai demandé à quelques hauts dirigeants de faire preuve de courage : présenter de véritables études de cas sur des erreurs majeures, en abordant ce qu’ils en avaient appris et ce qu’ils regrettaient désormais.

Quand le premier dirigeant s’est levé et a reconnu : « Nous avons laissé passer une opportunité, et cela a coûté des millions à l’entreprise », un silence de plomb s’est installé. Plus personne ne bougeait. L’attention était totale. Pour la première fois, la vulnérabilité n’était pas seulement encouragée — elle était montrée en exemple.

Ce moment a déclenché un déclic. À mesure que les histoires étaient racontées, les personnes présentes se sont elles aussi ouvertes. La posture défensive a laissé place à des hochements de tête de compréhension. 

Impact de la vulnérabilité

Dans les jours et semaines qui ont suivi, un changement subtil mais évident a eu lieu. Les réunions sont devenues plus calmes, mais surtout plus honnêtes. Les retours d’expérience ont commencé à circuler dans les deux sens.

Cette expérience m’a ouvert les yeux sur la façon dont la vulnérabilité des dirigeants peut ouvrir la porte au sentiment d’appartenance dans toute l’organisation.

Lorsque les cadres dirigeants ont pris la parole pour assumer leurs erreurs passées, ils ont envoyé un message fort : « Vous n’avez pas besoin d’être parfait pour être reconnu ici. »

Ce moment a brisé l’illusion selon laquelle le leadership consiste à toujours avoir raison, et a permis à chacun d’apporter sa personnalité, dans toute son imperfection, à la table.

Au lieu qu’on se rejette la faute, c’est l’honnêteté qui a émergé. Ce changement a révélé différents niveaux de défiance et a créé un environnement dans lequel chacun se sentait psychologiquement en sécurité, sans avoir à dissimuler ses peurs, ses idées ou ses doutes.

C’est le cœur du paradoxe de l’appartenance : les gens veulent contribuer de façon significative à une mission commune, mais pas au prix de devoir réprimer leur authenticité. La reconnaissance publique de leur imparfait par les dirigeants a permis à chacun d’être soi-même à tous les niveaux. Ce n’était pas qu’un acte d’humilité : c’était un signal culturel, montrant que le véritable sentiment d’appartenance commence par l’authenticité.

Appliquer la vulnérabilité

Voici des mesures concrètes que les leaders peuvent prendre :

  1. Admettre ses erreurs : Reconnaître ouvertement ses propres fautes et mettre en avant les leçons tirées de celles-ci.
  2. Encourager le dialogue authentique : Valoriser l’honnêteté, même inconfortable, plutôt que le silence poli.
  3. Montrer l’exemple en matière de vulnérabilité : Partager régulièrement des réflexions ou défis personnels pour humaniser le leadership.
  4. Créer des espaces sécurisants : Mettre en place des forums ou des rituels où les conversations sincères peuvent avoir lieu en toute sécurité.

Le paradoxe de l’appartenance ne demande pas de choisir entre la performance et l’authenticité, il réclame un leadership assez fort pour rester humain. Quand l’authenticité est incarnée par les dirigeants, la confiance s’installe, chacun se sent vraiment reconnu et un véritable sentiment d’appartenance devient possible. 

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