Nous sommes passionnés par le monde du travail et par la façon dont nous pouvons l’améliorer. Pour satisfaire notre curiosité, nous avons lancé une série d’entretiens où nous interrogeons des dirigeants expérimentés, des chefs d’entreprise, des managers et des contributeurs individuels afin de recueillir leurs avis sur la façon dont nous pouvons, collectivement, bâtir de meilleurs environnements de travail.
Nous aimerions apprendre à mieux vous connaître. Parlez-nous un peu de votre parcours.
Je suis originaire du Vietnam. En tant que jeune enfant, j’ai fui Saigon (renommée aujourd’hui Ho Chi Minh Ville) lors d’un périlleux voyage en bateau avec ma famille à la fin de la guerre du Vietnam, en avril 1975. Nous faisions partie de ce qui allait être appelé l’exode des réfugiés « boat people ». Nous avons vécu dans plusieurs camps de réfugiés avant que ma famille ne soit réinstallée à Duluth, dans le Minnesota, grâce à l’aide de l’Église luthérienne locale. Nous sommes passés du climat tropical du Vietnam aux températures glaciales du Minnesota ! Et si l’on ajoute à cela le fait qu’aucun d’entre nous ne parlait anglais et que nous n’avions pour tout bien que les vêtements que nous portions… eh bien, on peut imaginer les défis rencontrés. Être immigré vous apprend énormément sur la vie. Qu’est-ce qui est important, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Comment la vie peut basculer en un instant, et comment on peut renaître de ses cendres.
J’ai finalement non seulement appris l’anglais, mais j’ai aussi choisi une profession où la maîtrise de la langue anglaise et les compétences en communication étaient essentielles à mon évolution de carrière. Je suis devenue journaliste et présentatrice télé lauréate de sept Emmy Awards pendant deux décennies à San Francisco, avant de me réorienter il y a quelques années pour devenir cofondatrice et PDG du Global Mentor Network. Pour moi, GMN est véritablement une façon de transmettre, d’aider les autres dans leur parcours de développement et de leadership, car tant de personnes m’ont aidée dans le mien.
Si nous demandions à un ami de décrire votre personnalité, que dirait-il ?
Je suis assez extravertie et j’aime entendre les histoires des gens. J’aime les personnes qui me font rire aux éclats, mais aussi celles qui me font réfléchir et prendre du recul. Voici quelques mots que mes amis utilisent réellement pour me décrire : énergique, pétillante, analytique, déterminée, gentille, réfléchie, engagée dans la communauté, drôle, sérieuse.
Si vous repensez à votre parcours professionnel, quelle histoire marquante vous vient à l’esprit ?
Il y a eu une fois où les deux présentateurs principaux du journal télévisé phare du soir sur la chaîne CBS où je travaillais étaient absents. Ma collègue afro-américaine et moi avons été choisies comme remplaçantes. C’était important et j’étais ravie. Après le journal, nous avons reçu de très vilains emails de téléspectateurs critiquant la chaîne pour avoir deux femmes à la présentation. C’était il y a plus de 15 ans, à une époque où les duos de présentateurs étaient toujours composés d’un homme et d’une femme. Certains téléspectateurs n’ont pas non plus apprécié de voir deux femmes issues de minorités en tant que « visages » du grand journal. L’un d’eux m’a même dit de « retourner là d’où je viens ».
Cela m’a blessée, mais ça m’a aussi donné davantage de détermination pour contribuer à ouvrir des perspectives de progression de carrière, de visibilité et d’opportunités de leadership pour les groupes sous-représentés. Comme le dit si bien une expression : « Si tu peux le voir, tu peux le devenir. »
Quelle est la leçon la plus marquante que vous ayez apprise dans votre carrière jusqu’ici ?
Lorsque j’étais étudiante à l’U.C. Berkeley en spécialité Rhétorique (oui, ça existe !), je présentais un programme d’actualités sur la radio du campus. C’est à ce moment que je suis tombée amoureuse du journalisme. Le directeur de l’info m’a dit que, si je voulais réussir, je devais changer de nom car personne n’embaucherait quelqu’un portant un nom aussi étrange que « Thuy Vu » comme présentatrice. À l’époque, il n’y avait aucun journaliste vietnamien-américain à la télévision aux États-Unis.
Je m’inquiétais pour mon avenir professionnel et j’ai sérieusement envisagé de changer de nom pour celui de Nicole, car j’admirais beaucoup une fille nommée Nicole dans mon dortoir. Après beaucoup de stress et de débats internes, j’ai décidé de garder mon nom car il faisait partie de mon héritage. Au final, ce fut l’une des meilleures décisions que j’aie prises, car mon nom inhabituel me rendait plus mémorable auprès des téléspectateurs, et j’ai reçu de nombreux témoignages de Vietnamiens fiers de voir une personne portant un nom vietnamien à la télévision.
La grande leçon que j’ai apprise, c’est que lorsqu’on est en conflit intérieur, il faut rester fidèle à soi-même.

Merci de nous avoir donné un aperçu de votre parcours ! Passons au cœur du sujet. Lorsque vous entendez l’expression « bâtir un meilleur monde du travail », à quoi pensez-vous ?
Nous devons être plus créatifs et réfléchis dans la façon dont nous faisons notre travail et l’endroit où nous l’exerçons. Dans ce monde de plus en plus hybride.
Les gens reprennent souvent des pratiques dysfonctionnelles du bureau et se contentent de les transposer à leur domicile.
Nous devons complètement réimaginer la façon dont nous partageons les connaissances, créons des liens et bâtissons un sentiment de communauté au sein des organisations.
Selon vous, quel est le principal obstacle à la construction d’un monde du travail meilleur ?
Le manque d’agilité, de courage et de curiosité.
Quelle est une chose que nous pouvons concrètement faire, à notre portée, pour améliorer le monde du travail aujourd’hui ? Et comment recommandez-vous de s’y prendre ?
La pandémie a été extrêmement difficile pour tout le monde. Nous savons qu’il existe des niveaux élevés d’attrition et de désengagement des employés, comme en témoignent les rapports de McKinsey, LinkedIn et d’autres sources. Ils mettent en lumière des tendances très intéressantes parmi les employés :
- Le « quiet quitting » – 80 % sont désengagés, ce qui coûte environ 350 milliards de dollars par an aux entreprises américaines
- 80 % des travailleurs de la génération Z souhaitent travailler au sein d’entreprises qui partagent leurs valeurs
- 75 % désirent plus d’opportunités pour apprendre de nouvelles compétences et expertises
Que peuvent faire les entreprises face à cela ? Elles peuvent offrir des opportunités de développement et des relations enrichissantes grâce à des programmes de mentorat et de développement du leadership en ligne, multifacettes et à grande échelle.
Ces programmes sont mutuellement bénéfiques.
- Pour les employés — ces programmes les aident à élargir leurs perspectives, développer leurs compétences, gagner en confiance, et à faire évoluer leur carrière.
- Pour les employeurs — l’engagement et la rétention des employés s’en trouvent améliorés tout en créant un vivier interne de candidats pour des postes de direction afin de faire avancer l’entreprise.
Le travail hybride pose ses propres défis, mais il offre aussi aux employés la possibilité de se connecter virtuellement à des collègues et des dirigeants qu’ils n’auraient peut-être jamais rencontrés, et encore moins appris auprès d’eux, dans un environnement de bureau traditionnel.
Je sais qu’il peut être tentant, pour les employés et les managers débordés, de mettre au second plan les programmes de mentorat, mais ce serait une erreur car ils se priveraient d’un moyen efficace de maintenir l’engagement et le bien-être des collaborateurs.
Grâce à la technologie, il n’a jamais été aussi simple pour les dirigeants d’automatiser l’appariement entre mentors et mentorés selon leurs centres d’intérêt et objectifs. Cependant, se limiter à ces mises en relation ne suffit pas. Chez Global Mentor Network, nous adoptons une approche bien plus holistique pour nous assurer que les réussites soient partagées et que l’impact de l’apprentissage démocratisé imprègne l’ensemble de l’organisation. Nous le faisons en proposant une plateforme qui s’articule autour de quatre axes clés :
- Automatiser l’appariement mentors-mentorés ainsi que l’intégration avec les principaux systèmes RH pour permettre le suivi facile de la progression et des promotions des participants
- Créer des possibilités simples pour chacun dans l’organisation d’apprendre des uns des autres, former des cohortes et construire un sentiment de communauté
- Encourager les participants à partager régulièrement leurs apprentissages et à discuter de leurs points de vue en groupe et lors de discussions thématiques sur la plateforme
- Tirer parti des contenus de dirigeants et de « power mentors » extérieurs à l’organisation, qui prodiguent des conseils et partagent en toute transparence leurs défis et solutions rencontrés sur le terrain
Les programmes de mentorat modernes doivent répondre aux besoins des travailleurs d’aujourd’hui, qui ne sont pas toujours physiquement proches les uns des autres. Ces programmes ne doivent pas forcément être construits autour de modules lourds ou de rencontres uniquement en présentiel. Ils peuvent être tout aussi (voire davantage) efficaces en facilitant des liens solides virtuellement, sur des sujets ciblés, et en encourageant des discussions continues.
Pouvez-vous nous partager une expérience, un fait vécu, vu ou lu qui nous rapproche d’un monde du travail meilleur ?
Je n’ai pas eu accès à des mentors dans ma vie avant une étape assez avancée de ma carrière, et je me suis souvent demandé si je n’étais pas passé à côté d’opportunités de croissance et de progression à cause de cela. Je pense que la pandémie nous a tous forcés à nous habituer à communiquer virtuellement et nous a appris que la connexion ne dépend pas nécessairement de la proximité, mais plutôt de la qualité du lien. Cet état d’esprit est essentiel pour comprendre les environnements de travail actuels. Il est passionnant de voir comment la technologie évolue pour aider les responsables RH et d’autres dirigeants à créer des programmes dynamiques de développement des compétences et d’interconnexion, auxquels les employés ont envie de participer et qu’ils considèrent comme utiles.
Je suis curieux, quand vous pensez à construire un monde du travail meilleur, y a-t-il une entreprise ou un leader qui se démarque et que nous devrions suivre ? Si oui, que font-ils ?
Ohhh, ce n’est pas évident. Nous avons interviewé des dirigeants incroyables issus d’entreprises telles qu’Alphabet, Meta, Wayfair, Clorox, Metlife et bien d’autres. C’est comme demander de choisir son enfant préféré ! Bon, je me lance. Je pense que Betsy Sutter, DRH de VMWare, est particulièrement innovante et tournée vers l’avenir. Je suis aussi très impressionnée par Mary O’Hara, DRH de Blue Shield of California, ainsi que par Kristin Wood, leur vice-présidente du talent – elles sont toutes deux très réfléchies et investies dans le développement des collaborateurs afin de favoriser la mobilité interne.
Comment nos lecteurs peuvent-ils suivre votre travail ?
La meilleure façon de rester informé est de suivre le Global Mentor Network sur les réseaux sociaux — nous avons une communauté active et c'est là que nous publions toutes les actualités ou mises à jour. J’ai également pris beaucoup de plaisir à coanimer notre podcast dédié aux professionnels RH et du développement des talents au cours des derniers mois, Leader’s Playbook, qui vient de clôturer sa première saison. Nous avons prévu de nouveaux invités passionnants pour la saison 2 et nous encourageons tous vos lecteurs à s’abonner pour être les premiers informés de la sortie de nouveaux épisodes. Vous pouvez également nous contacter à info@globalmentornetwork.net pour toute question, commentaire ou suggestion. Et bien sûr, n'hésitez pas à me suivre sur Twitter, plus on est de fous, plus on rit !
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