Imaginez que vous venez tout juste de commencer un nouvel emploi dans une entreprise où la majorité des employés travaillent à domicile. L'entreprise connaît une croissance régulière et vous sentez que vous avez rejoint une excellente équipe. Vous effectuez le travail que vous aimez et vos nouveaux collègues semblent ravis de vous compter parmi eux.
Vous travaillez à la maison depuis quelques mois et, contrairement à vos précédents emplois, vous n'avez pas eu besoin de remplir de feuille de temps ni de pointer vos heures d’arrivée et de départ pour suivre votre temps de travail. Vous parvenez à accomplir vos tâches avec succès et vous sentez que l'on vous fait confiance dans votre rôle.
Puis, un lundi, vous vous installez devant votre ordinateur, prêt à travailler. Vous foncez directement sur votre boîte de réception (mauvaise idée en général, d'ailleurs) et vous voyez un e-mail annonçant qu'à partir d'aujourd'hui, vous devrez pointer votre arrivée et votre départ chaque jour en ligne à partir de l’ordinateur portable fourni par l’entreprise.

Après avoir surmonté votre (pas si) petite crise de panique et votre vague de doutes, vous rédigez une réponse bien sentie à l’e-mail d’annonce, incluant des phrases du genre « ce n’est pas à ça que j’ai souscrit » et « pourquoi ne faites-vous pas confiance à vos employés ? ».
Oui, c’est typiquement le genre de mail qu’on aurait peut-être dû écrire, mais surtout pas envoyer… vous pouvez facilement imaginer la suite.
Quel était le problème dans cette situation ? Pourquoi quelqu’un réagirait-il aussi violemment au fait qu’on lui demande de pointer ? Toute la réponse tient dans la façon dont le changement a été communiqué, mis en œuvre et dans la manière dont il sera appliqué.
Les leaders du changement qui réussissent sont ceux qui savent éviter les crises de panique et parviennent à conduire efficacement le changement. Lisez la suite pour découvrir cette super compétence (presque) secrète.
D’où vient le changement ?
Le changement se produit plus rapidement que jamais, ce qui signifie qu’il n’a jamais été aussi important d’acquérir les compétences nécessaires pour devenir un vrai leader du changement.
Faire quoi que ce soit différemment de la manière dont cela était fait auparavant est déjà un changement. Vous ne me croyez pas ? Croisez les bras. Maintenant, essayez de les croiser à nouveau, mais dans le sens opposé. Ça fait bizarre, n’est-ce pas ?
Quel que soit le modèle de changement que vous adoptez, le changement peut être vu comme descendant, ascendant, planifié, stratégique, opérationnel, guidé, réactif, etc.
En règle générale, cependant, il existe deux grands axes différenciateurs que la plupart retiendront : descendant (top-down) et ascendant (bottom-up).
Le changement descendant (top-down) démarre des plus hauts niveaux de l’organisation. Les changements descendants sont ceux qui émanent de la direction générale.
Le changement ascendant (bottom-up) commence des niveaux les plus bas de l'organisation. Les changements ascendants sont ceux qui partent du personnel.

En tant que leader du changement, il est peu probable que vous choisissiez par où votre initiative de changement va commencer. Soit vous êtes au sommet et pouvez impulser un changement descendant, soit vous êtes plus proche de la base et votre enthousiasme ainsi que votre réseau social vous permettront de pousser un changement ascendant… dans les deux cas, rappelez-vous : la communication est essentielle !
Changement descendant
Est idéal pour les situations où des décisions critiques doivent être prises au sommet. Cela inclut les changements liés à la structure organisationnelle, aux objectifs financiers de l’entreprise ou aux initiatives en matière de qualité.
Le changement descendant implique une autorité et une prise de décision claires dans toute l’organisation, et les décisions prises à ce niveau peuvent avoir un impact à long terme—surtout lorsqu’elles ne sont pas liées à un seul leader spécifique (nous y reviendrons plus tard).
Un leader peut définir une vision à l’aide de quelques décisions clés et permettre aux responsables de niveaux inférieurs de créer les tâches et activités spécifiques nécessaires pour mettre en œuvre le changement voulu afin d’atteindre l’objectif.
Le changement descendant n'est pas idéal dans les situations où ce sont les membres de l’équipe ou les collaborateurs de niveaux inférieurs qui maîtrisent le mieux le sujet, comme la définition de processus individuels ou d’équipe.
Changement ascendant
Est une méthode efficace pour obtenir l’adhésion des cadres intermédiaires ou des employés des niveaux inférieurs. Bien souvent, les dirigeants ne comprennent pas suffisamment le travail du bas de l’échelle pour piloter un changement pertinent dans la conception des processus de travail ; dans ces cas, le changement ascendant est donc préférable.
Le changement ascendant donne la parole aux employés. Cependant, pour qu’un changement soit durable et impacte l’ensemble de l’organisation (pas uniquement les tâches les plus opérationnelles), il devra généralement être reconnu par la direction.
Un autre point important à surveiller lors d’un changement ascendant est de s'assurer que le changement traite la véritable cause d'un problème et ne fait pas qu'adresser un symptôme. Essayez toujours d'attaquer la racine d’un problème, ou d'aller en amont pour un changement réellement porteur de sens.
Planifier le changement
En tant qu’êtres humains, nous réagissons tous de manière similaire au changement, quel qu’en soit le type. Pouvoir anticiper les réactions et les prochaines étapes fait la différence entre une crise de panique et une transition bien gérée, acceptée par tous.
Être un leader du changement efficace, c’est fournir aux collaborateurs suffisamment d’informations pour comprendre ce qui se passe, donner confiance dans le fait que le changement va dans la bonne direction, puis faire en sorte que ce nouveau cap soit facile à suivre.
Tout type de changement peut être décomposé en plusieurs étapes, et de nombreux spécialistes ont étudié la gestion du changement en détail à travers divers modèles, listes de contrôle, indispensables, et listes de choses à faire ou à éviter.
Un modèle de changement simple, abordé dans le matériel de certification HRCI SPHR, est le modèle en 3 phases de Kurt Lewin :
- Dégel – rompre le statu quo et introduire un changement
- Changement – réaliser effectivement le changement
- Regel – ancrer ce changement comme la nouvelle norme.
Le schéma ci-dessous illustre chaque étape ainsi que quelques activités clés à envisager en tant que responsable du changement.

Ces modèles sont utiles, mais, à travers les groupes, ils ne sont efficaces que lorsqu’il y a une compréhension partagée et un langage commun pour parler de nos réactions au changement et sur la façon dont nous pouvons aider les autres à franchir les prochaines étapes.
Astuce pro : lorsque vous accompagnez des groupes dans le changement, commencez par enseigner à l’équipe en charge du changement le modèle que vous utiliserez comme cadre. Ainsi, tout le monde partage une vision commune du chemin vers « la nouvelle norme », peut communiquer clairement sur l’étape du processus dans laquelle il pense que se trouve le changement, et sait ce que le groupe peut faire pour faciliter une progression efficace vers l’atteinte de l’objectif de changement.
Peu importe le type de changement, la communication est essentielle — à tous les niveaux. Transparence, contrôle, et adaptation tout au long du changement assureront la plus grande satisfaction.
Chacun dans l’organisation a une voix, et c’est votre rôle, en tant qu’agent du changement, de trouver des moyens de recueillir les retours et d’intégrer les besoins des autres dans vos plans de changement.
Pour aller plus loin : Si vous souhaitez explorer des modèles de changement spécifiques, voici quelques-uns des modèles les plus utilisés de nos jours :
- Modèle de gestion du changement de Lewin
- Modèle ADKAR de gestion du changement
- Courbe du changement de Kübler-Ross
- Modèle du changement de Satir
- La théorie de Kotter
- Cycle de Deming (PDCA)
Mettre en œuvre le changement
La lenteur du changement signifie généralement la peur de la nouveauté.
Philip Crosby
Alors vous avez décidé de porter un changement ! Félicitations. Être leader du changement n’est pas une tâche facile. Cela mettra à l’épreuve vos compétences en leadership car l’être humain n’aime pas changer. En fait, nous y résistons naturellement. Votre rôle en tant que responsable du changement est de rendre ce changement facile, sans friction et bénéfique pour tous les concernés.
En premier lieu, il vous faut sélectionner un modèle pour structurer votre changement. Choisissez un modèle que vous connaissez ou que vous comprenez et pouvez enseigner aux autres. Ensuite, formez votre équipe en charge de la conduite du changement (les personnes impliquées dans la mise en œuvre du changement) et enseignez-leur également ce modèle.
Vous disposez maintenant d’un langage commun pour évoquer les défis qui vous attendent. Rassemblez votre équipe du changement et construisez une vision partagée de l’avenir.
Le changement de type descendant inclut souvent une période de vision plutôt courte et simple, car la vision et les objectifs du changement sont généralement déterminés par un ou quelques dirigeants de haut niveau. Travaillez avec ces dirigeants pour élaborer une vision du changement qui soit réalisable et offre des avantages clairs à la fois pour les salariés et l’entreprise.
Si vous ne voyez pas de bénéfices clairs pour les employés, creusez davantage. Un excellent moyen de découvrir des avantages potentiels et les obstacles à un changement réussi est de réunir un groupe de salariés représentant un échantillon de la population et de leur présenter ce changement.
Demandez-leur ce qui, selon eux, va bien se dérouler, quels sont les risques potentiels de catastrophe, et ce qu'ils ont à y gagner. Cette session est cruciale pour comprendre les résistances auxquelles vous allez être confronté lors de la mise en œuvre du changement, ainsi que ce que les groupes concernés accepteront facilement ou accueilleront positivement.
Le changement ascendant comporte un ensemble de défis différents, dont beaucoup proviennent du fait d’obtenir l’adhésion alors que le changement tente de remonter les niveaux de l’organisation depuis la base, ou du groupe non dirigeant à l’origine de ce changement.
Le changement ascendant prend beaucoup plus de temps que le changement descendant, car les personnes impactées doivent d’abord socialiser, s’informer et s’engager dans le changement avant même qu’il ne commence à atteindre la direction et la réalisation effective de la transformation.
Cela dit, la beauté du changement ascendant (bottom-up) est que, souvent, les personnes qui effectuent le travail aux niveaux inférieurs de la hiérarchie possèdent une perspective et une compréhension uniques des problèmes qui ont créé le besoin de changement ; elles ont donc le bon angle pour créer une solution plus efficace et durable que si elle était conçue de manière descendante (top-down).
Les changements menés du haut vers le bas comme du bas vers le haut peuvent être efficaces, selon les circonstances. Dans les deux cas, l'adhésion au changement est nécessaire et la communication est essentielle. Le changement exige que les individus adaptent leurs comportements.
Si vous souhaitez réussir à instaurer un changement comportemental, il est indispensable que tout le monde sache ce qu’il se passe, pourquoi quelque chose se produit, et que la voie souhaitée soit rendue la plus simple à suivre. C’est la clé pour impulser un changement réel, durable et efficace.
Mobiliser un réseau de champions du changement
Lorsque votre changement a été testé et que vous souhaitez le déployer à plus grande échelle, vous aurez besoin de représentants des personnes concernées pour vous aider à accélérer la diffusion du changement.
Vous avez besoin de champions du changement. Les champions du changement servent de relais et de mécanisme de remontée d'informations auprès de l'ensemble du groupe touché par le changement. Le changement comportemental s’appuie au mieux sur les réseaux sociaux et les relations personnelles.
Beaucoup de salariés n’oseront pas exprimer à leur manager ce qui ne va pas dans un plan de changement, mais pourraient le dire à un ami qui se trouve être un champion du changement. Ce champion du changement pourra alors faire remonter ces retours au leader du changement pour qu’ils soient évalués et intégrés afin d’améliorer le changement.
De nombreuses organisations performantes disposent d’un réseau permanent de champions du changement (CCN – Change Champion Network), dont les membres sont nommés par des groupes de pairs et renouvelés tous les 4 à 12 mois. Ces groupes se réunissent mensuellement et discutent des changements à venir ou récemment mis en place, de la manière dont ils sont déployés, perçus et acceptés par l'organisation.
Le groupe CCN peut alors être informé des changements à venir, par exemple des évolutions de systèmes, des réorganisations, des ajustements d’avantages sociaux, etc., et être sollicité pour donner son avis. S’il est digne de confiance et bien utilisé, ce groupe peut changer la donne pour la capacité d’un leader du changement à déployer à grande échelle.
Astuces pour accélérer
Les leaders du changement qui souhaitent augmenter la vitesse doivent non seulement accélérer le rythme de changement, mais aussi gérer les attentes des dirigeants. L'une des plaintes les plus fréquemment entendues de la part des managers concerne justement la lenteur du processus. J’entends souvent des commentaires spontanés tels que :
- « Comment faire pour que les gens changent plus vite ? »
- « Pourquoi n’y arrivent-ils pas simplement ? »
- « Pourquoi en parle-t-on encore ? »
La réalité, c’est que les cadres dirigeants sont souvent beaucoup plus avancés et sur la voie de la « nouvelle normalité » que ceux qui sont les plus affectés par le changement.
En particulier dans les changements descendants, ce sont les dirigeants qui en ont eu l’idée, qui ont pris la décision, qui ont demandé à d’autres de mettre le projet en œuvre, et, dans leur esprit, tout est déjà en place ; tout comportement qui ne va pas dans le sens du futur imaginé est alors perçu comme de l’insubordination. « Comment cela peut-il prendre autant de temps ?? »
Voici quoi faire :
- Partagez le problème à l’origine du changement et ce que vous envisagez de faire
- Exposez vos idées de changement et sollicitez l’avis des personnes concernées
- Adaptez votre plan de changement sur la base des retours recueillis, partagez le plan et reconnaissez les retours reçus en expliquant que les personnes concernées sont partie prenante du changement
- Testez le changement. Si possible, réalisez un pilote. Célébrez publiquement les succès
- Communiquez sur le problème, les causes, ce qui a été tenté et les résultats. Informez que la solution sera appliquée au-delà du groupe pilote ou de test, en précisant quand et comment
- Déployez le changement plus largement.
Vous aurez remarqué que le chemin vers la mise en œuvre n’est pas linéaire et que la communication est présente à chaque étape. Les gens résistent davantage au changement s'ils ne savent pas ce qui se passe, n'ont pas été prévenus en amont, ou ne comprennent pas pourquoi le changement était nécessaire. Chacun de ces freins peut être évité par la communication. Communiquez, communiquez, communiquez !
Astuces pour déployer à l’échelle
Pour déployer un changement à grande échelle, pensez à mettre en place ou à appliquer les bonnes pratiques suivantes :
- Communiquez tôt et souvent
- Assurez-vous que tout le monde comprenne le principal défi et la RAISON du changement
- Demandez des retours et intégrez-les à votre plan, traitez toutes les craintes
- Atténuez les risques considérés comme inévitables, communiquez les plans de mitigation
- Menez un projet pilote ou une petite expérimentation concernant le changement. Lorsqu'il est couronné de succès, communiquez la réussite, mettez en avant l'expérience et honorez celles et ceux qui y ont contribué
- À mesure que le changement s’étend, organisez des cérémonies ou lancez des activités accompagnées des formations nécessaires pour marquer le passage à un nouveau comportement attendu
- Célébrez tous les succès, même les plus petits. Honorez les personnes impliquées.
- Réalisez une rétrospective pour documenter les principaux enseignements afin de rendre le prochain changement encore plus réussi !
Voici quelques écueils à absolument éviter lors de la montée en puissance :
- Attendre que les gens sachent ce qui se passe sans les en informer à plusieurs reprises
- S’attendre à ce que les gens changent de comportement s’ils ne comprennent pas pourquoi ils devraient le faire
- Supposer que le changement se produira du jour au lendemain, simplement parce que vous l’avez annoncé
- S’attendre à ce que le changement se passe sans encombre et sans objections ou problèmes.
Le changement est difficile, et il survient plus souvent et plus rapidement que jamais dans notre histoire. Devenir un leader du changement accompli est un véritable avantage concurrentiel pour votre carrière. Si vous êtes capable d’amener les gens à adapter leur comportement, vous faites un immense pas pour développer votre influence organisationnelle.
Pour aller plus loin
J’espère que vous vous sentez désormais plus confiant quant à ce qu’implique un leadership du changement efficace et au processus pour réussir à mener ce type de transition.
Si vous souhaitez approfondir vos connaissances sur le leadership du changement et naviguer dans les eaux parfois troubles de l’accompagnement vers des résultats, consultez cette liste de livres sur la gestion du changement et de podcasts sur la gestion du changement.
J’ai personnellement lu bon nombre d’entre eux et je peux témoigner de leur utilité et de leur pouvoir d’inspiration. En fait, une grande partie de la sagesse partagée ici est un mélange des idées clés issues de ces ressources — cela vaut le détour !
Quelques autres ressources utiles :
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