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La plupart des dirigeants ne voient pas comment faire des RH un pilier stratégique de l’entreprise, ce qui laisse de nombreux professionnels quelque peu frustrés. Dans cette série d’interviews, nous discutons avec des professionnels des RH et des dirigeants d’entreprise avertis des raisons pour lesquelles et de la manière dont les RH devraient contribuer à orienter les décisions de l’entreprise.

Pavel Bahu

Pavel Bahu

Pavel Bahu est le Directeur des Ressources Humaines Monde chez Trevolution Group, où il dirige la stratégie RH de l’entreprise et supervise l’équipe RH globale. Il est chez Trevolution depuis 2015 et a mis en œuvre diverses initiatives RH, dont un modèle de compétences à l’échelle de l’entreprise, un système de tests en ligne pour les candidats et un système de gestion de la performance inter-départements.

Bonjour Pavel, bienvenue dans cette série ! Nous aimerions en savoir un peu plus sur vous. Pouvez-vous nous parler de votre parcours jusqu’à présent ?

Ayant grandi en Moldavie, un petit pays avec un marché de l’emploi limité, j’ai compris que je devais en faire plus pour atteindre mes objectifs professionnels. Après avoir obtenu ma licence, j’ai décidé de poursuivre mes études au Canada, où j’ai découvert une autre culture et une autre manière de travailler.

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Cette expérience m’a permis de comprendre l’importance du travail acharné et a suscité en moi l’envie de changer les choses pour le mieux. Je voulais intégrer cette expérience et cette mentalité dans ma vie quotidienne.

À mon retour en Moldavie, j’ai décroché un poste au département projets d’une chaîne de magasins, mais j’ai vite compris que ce n’était pas ce qui me correspondait. J’ai pris les choses en main en commençant à travailler de nuit comme agent de voyages indépendant pour me challenger, j’ai tout fait pour acquérir de nouvelles compétences et viser de nouveaux sommets professionnels.

Au bout d’un certain temps, j’ai eu la chance de ma vie : on m’a proposé le poste de responsable RH, alors que je n’avais aucune expérience dans ce domaine. 

Les années suivantes ont été un tourbillon de croissance et de changements. J’ai aidé l’équipe moldave de Dyninno à passer de 120 à 1 500 personnes, et finalement, en 2019, j’ai pris la direction RH monde chez Trevolution.

La première année a été consacrée à faire connaissance avec tout le monde et à comprendre notre façon de faire des affaires dans d’autres parties du monde. La deuxième année a été la plus difficile de toute ma carrière, puisqu’il s’agissait de l’année de la pandémie. Nous avons réussi à nous relever et sommes aujourd’hui en meilleure forme qu’avant.  

authority magazine interview with Pavel Bahu quote graphic

On dit souvent que nos erreurs sont nos meilleurs professeurs. Pouvez-vous partager une histoire concernant la plus drôle des erreurs que vous avez commises à vos débuts et ce que vous en avez retenu ?

La plus grande leçon que j’ai apprise à mes débuts a été l’importance d’une communication claire lors de la mise en place de nouveaux processus.

Au début de ma carrière, lorsque j’ai mis en place un nouveau centre d’évaluation, je pensais d’abord que les gens comprendraient la valeur ajoutée sans que je doive entrer dans les détails.

J’ai cependant vite réalisé qu’il était crucial d’expliquer clairement l’objectif métier et la valeur ajoutée d’un nouveau processus à l’équipe opérationnelle. Elle est très axée résultats et souhaite savoir comment son temps et ses ressources seront utilisés efficacement.  

Lors de ma première tentative, la mise en œuvre a échoué car je n’ai pas su communiquer efficacement la valeur de la procédure Assessment Center, qui a été perçue comme une « boîte noire » par l’équipe. 

J’ai toutefois eu une nouvelle opportunité de la mettre en œuvre dans un autre département, et j’ai pris soin d’impliquer le responsable du département dans le développement et la mise en place du processus dès le début. Cela a débouché sur une mise en œuvre réussie. Cette expérience m’a appris l’importance de partager en permanence la valeur d’un nouveau processus avec l’équipe afin d’obtenir son adhésion et son soutien. 

Il est important de garder à l’esprit que dans les RH, il n’existe pas de modèle unique de réussite. Chaque organisation a sa propre culture et sa propre structure, et c’est le rôle des RH d’adapter des principes généraux à ce contexte spécifique. 

Le succès ne peut s’obtenir seul, c’est un effort d’équipe. Il est essentiel d’impliquer tous les acteurs de l’entreprise concernés dans le processus décisionnel et la mise en place de nouvelles stratégies.

Ce n’est qu’en obtenant l’adhésion de tout le monde que l’on peut réussir réellement. Les RH ne relèvent pas de la science des fusées, il s’agit de promouvoir un meilleur travail et de meilleures conditions de travail. L’objectif est simple mais nécessite des efforts, de la communication et une compréhension profonde de la culture, de la structure et des objectifs de l’organisation.

Ce qui m’a toujours aidé pendant les périodes difficiles, c’est ma passion pour l’innovation continue ; je suis constamment à la recherche de moyens de progresser et d’apprendre. C’est pourquoi je suis toujours en quête de nouveaux savoirs et compétences.

Aucun d'entre nous ne peut réussir sans un peu d'aide en chemin. Y a-t-il une personne en particulier à qui vous êtes reconnaissant(e) pour vous avoir aidé à arriver là où vous êtes aujourd'hui ?

Quand j'ai commencé ma carrière, je n’aurais jamais imaginé en arriver là où je suis aujourd’hui. Le fondateur du Groupe Dyninno, Alex Weinstein, a été celui qui a perçu un certain potentiel en moi, malgré mon manque d’expérience dans le domaine des RH. Je ne serais pas là où je suis sans son soutien, et je lui en serai toujours reconnaissante. Ce n'est pas seulement un manager, mais aussi un mentor avisé.

Pouvez-vous partager votre citation préférée sur les « leçons de vie » ? Pouvez-vous nous expliquer pourquoi elle a eu un impact pour vous dans votre vie ?

Dans toute activité, il est important de comprendre que l’échec fait naturellement partie du processus. Comme l’a dit Thomas Edison : « Je n'ai pas échoué 10 000 fois — j'ai simplement trouvé 10 000 façons qui ne fonctionnent pas. »

Au lieu de percevoir l’échec comme une issue négative, il faut le considérer comme une opportunité d’apprendre et de grandir. Analysez les raisons de cet échec et réfléchissez à la manière de les atténuer à l’avenir.  

En repensant à votre propre carrière, qu'aimeriez-vous dire à la version plus jeune de vous-même ?

Il est essentiel d'être transparent sur vos plans et de solliciter autant de retours que possible. Les chiffres sont un excellent moyen d’ancrer les discussions et de garder les pieds sur terre. 

Une bonne règle d’or est de toujours anticiper les problèmes potentiels et de les régler à la source. Et concernant la croissance, il faut voir grand ! 

Imaginez ce qu'il faudrait pour multiplier vos plans par dix, puis encore par dix, et ensuite, travaillez à rebours à partir de là. Sans une vision claire, il est difficile de réaliser de grandes choses.

Passons maintenant au cœur de notre entretien, les ressources humaines. Selon vous, pourquoi les RH méritent-elles une place au sein du conseil d’administration et dans la prise de décision au plus haut niveau ?

Les RH jouent un rôle essentiel dans les décisions de l’entreprise en apportant un point de vue unique sur les besoins, préoccupations et contraintes des collaborateurs. 

En tant que lien entre la direction et les équipes, les professionnels des RH peuvent anticiper l’impact des décisions sur la performance, l’engagement et la fidélisation des employés, et proposer des solutions pour obtenir de meilleurs résultats pour l’entreprise. 

En impliquant les RH dans le processus décisionnel, les dirigeants acquièrent une compréhension approfondie de l’impact de leurs décisions sur les collaborateurs et peuvent ainsi prendre des décisions plus avisées et équilibrées. 

Cela conduit à une amélioration du moral, de la fidélité et de la productivité des employés, et, en fin de compte, à un environnement de travail plus positif et solidaire qui favorise le succès de l’entreprise. 

Cependant, il est important de se rappeler que si le rôle des RH est de conseiller et d’atténuer les risques, les décideurs finaux sont aussi ceux qui prennent les risques les plus importants.

D’après votre expérience, comment les professionnels des RH et de la culture d’entreprise peuvent-ils s’assurer d’être impliqués dans les processus de planification stratégique ? 

C’est un rôle aux multiples facettes qui exige une vision globale de l’entreprise. Il est essentiel d’avoir une solide compréhension des finances, des risques juridiques et de conformité, et de leur impact potentiel sur les résultats. 

Une bonne façon d’acquérir cette compréhension est de développer ses compétences financières, de comprendre comment fonctionnent les investissements et la tarification de transfert, et d’aborder les choses sous l’angle des devises et de la gestion des risques. 

Il est aussi important de rester proche du terrain et de bien saisir l’orientation de l’entreprise. En matière de stratégie, il ne s’agit pas de ce que nous faisons mais de ce que nous choisissons de ne pas faire. Cela consiste à concentrer nos efforts sans trop nous disperser. 

Les RH ont un rôle clé pour aligner leurs actions sur la stratégie globale, surveiller les tendances du marché, anticiper l’évolution du secteur et garder à l’esprit la situation économique mondiale actuelle.

Beaucoup pensent que les DRH font d’excellents PDG, mais ils sont souvent ignorés. Pourquoi d’après vous ?

Pour ma part, la plupart des PDG viennent de la finance ou ont une expérience dans le secteur qu'ils dirigent.

Par exemple, il est rare de trouver un professionnel RH à la tête d'une entreprise technologique ; ils viennent plutôt d’un parcours en ingénierie ou en informatique. Il en va de même pour les entreprises pharmaceutiques ou d’autres secteurs STEM. Il est peu courant de trouver un spécialiste RH à la direction d’une société, mais ce n’est pas impossible. 

Être un professionnel RH signifie être un spécialiste « en T », avec une compréhension générale de nombreux sujets et une expertise approfondie dans un domaine spécifique, comme les RH eux-mêmes, le management ou la psychologie.

Une possibilité pour devenir PDG est de devenir un spécialiste « en W », c’est-à-dire maîtriser deux domaines et les combiner de façon unique. Par exemple, un professionnel RH avec une formation en informatique ou en analyse de données peut utiliser ce double bagage pour mettre en place des solutions RH innovantes, comme l’analytique prédictive, afin de réduire les coûts et d’identifier les risques. 

Au final, il faut se rappeler que les carrières peuvent être flexibles et sortir des sentiers battus. Un(e) professionnel(le) RH peut parfaitement réussir et atteindre des postes de direction ; cela peut simplement nécessiter une approche originale et des choix de carrière stratégiques.

Quelles compétences les RH peuvent-ils développer pour devenir des partenaires business plus efficaces ?

Il y a une chose que les professionnels RH ne peuvent absolument pas négliger : l'éthique. C’est le cœur du métier.  

Il est crucial de comprendre les objectifs de l'entreprise et de pouvoir aligner les initiatives RH avec ceux-ci. Cela signifie être capable de réfléchir de manière stratégique à la main-d'œuvre et à la façon de l'optimiser pour soutenir la stratégie globale de l'entreprise. Vous devez également savoir communiquer et négocier efficacement avec les autres dirigeants et parties prenantes, et posséder des compétences en analyse de données pour prendre des décisions éclairées. Cela implique aussi de pouvoir gérer des projets liés aux initiatives RH et de faire preuve d'intelligence émotionnelle, de sensibilité culturelle et d'une envie constante d'apprendre.

Il s'agit avant tout de comprendre les besoins et préoccupations de l'entreprise et d'aligner vos efforts pour soutenir les objectifs globaux de l'organisation. Cela représente beaucoup de choses à gérer mais, avec un peu de concentration et d'efforts, vous serez capable de le maîtriser.

Voici la question principale de notre discussion. D'après votre expérience et votre succès, quelles sont les cinq façons les plus importantes dont les RH peuvent aider à orienter les décisions de l'entreprise ?

1. Aligner les initiatives RH avec les objectifs de l'entreprise. Assurez-vous que toutes les initiatives RH sont alignées avec la stratégie commerciale globale et les objectifs de l'organisation. Par exemple, si l'entreprise souhaite s'étendre sur de nouveaux marchés, les RH peuvent accompagner cette expansion par un programme de développement des employés afin de s'assurer que la main-d'œuvre possède les compétences nécessaires pour la soutenir.

2. Fournir des analyses fondées sur les données. Par exemple, en analysant les données d'engagement et de rétention des employés, les RH peuvent identifier les domaines où l'entreprise doit s'améliorer et faire des recommandations à la direction sur la manière d'y remédier.

3. Gérer les talents et bâtir une équipe solide. En identifiant et développant les collaborateurs à haut potentiel et en mettant en place une planification de la succession efficace, les RH peuvent s'assurer que l'entreprise dispose des bonnes personnes pour soutenir sa croissance et son succès; 

4. Favoriser un environnement de travail positif et encourageant : En mettant en place des politiques et des programmes qui favorisent le bien-être des employés, les RH peuvent contribuer à améliorer le moral, l'engagement et la rétention des collaborateurs et, en fin de compte, générer de meilleurs résultats pour l'entreprise.

5. Gérer les risques et la conformité. En mettant en place des programmes et des politiques de conformité efficaces pour minimiser le risque de violations juridiques et réglementaires, les RH aident à protéger l'entreprise contre des amendes et sanctions coûteuses. 

Chez Dyninno Group, nous accordons la priorité à nos collaborateurs car ce sont eux qui génèrent nos revenus. Ainsi, au lieu de commencer par un objectif financier tel que "gagnons 50 millions de dollars l'année prochaine", nous collectons des informations auprès de chaque unité opérationnelle sur leurs points de blocage et sur la façon dont nous pouvons améliorer les processus pour augmenter notre effectif et faire avancer l'activité.

À partir de là, nous échangeons avec les départements Support et les RH pour comprendre combien de personnes il nous faut pour permettre aux équipes commerciales d'atteindre la croissance souhaitée. 

Nous obtenons ensuite l'adhésion de chaque partie prenante clé et travaillons avec le Marketing et la Finance afin de comprendre les coûts salariaux, commissions, primes et le coût de la génération de leads. Ainsi, lorsque nous présentons nos plans à l'entreprise, nous pouvons démontrer précisément combien chaque unité générera et prendre des décisions informées sur l'orientation de nos efforts de croissance. 

Cette approche est plus efficace car tout le monde est déjà d'accord sur les chiffres et la structure de l'organisation, au lieu d'avoir le sentiment que les chiffres leur sont imposés.

Pouvez-vous partager 3 ou 4 des erreurs les plus courantes que vous avez vues commettre par des entreprises face à des décisions difficiles ? Que faut-il garder à l'esprit pour les éviter ? 

L'une des clés pour prendre des décisions difficiles est d'avoir un plan B en place. Parfois, certaines décisions sont irréversibles et il est essentiel de disposer d'une solution de rechange au cas où les choses ne se dérouleraient pas comme prévu.

Prenez la pandémie de Covid-19 comme exemple. Beaucoup d'entreprises ont immédiatement mis leurs employés en chômage partiel, mais nous avons choisi de restructurer les horaires, les roulements et les rémunérations pour conserver tout le monde à bord. 

Nous étions conscients de l'incertitude de la situation et voulions retenir les talents et expertises précieuses. Nous avons malheureusement perdu certaines personnes, mais nous avons aussi pris contact pour essayer de les faire revenir par la suite. 

En période de crise et pour la gestion de crise, il est important d'avoir toujours un plan B, voire un plan C. Être préparé permet d'atténuer les conséquences de décisions difficiles et de garder votre organisation sur la bonne voie.

Y a-t-il une personne dans le monde avec qui vous rêveriez de déjeuner, et pourquoi ?

Si j'avais l'occasion de rencontrer une personnalité historique décédée, ce serait Platon – le philosophe grec antique considéré comme le père de la philosophie occidentale. 

Mais s'il s'agit de quelqu'un de toujours vivant, j'aimerais beaucoup m'entretenir avec Yuval Noah Harari, l'historien, anthropologue et futurologue. 

Il a une compréhension profonde de l'histoire de l'humanité et ses ouvrages sont riches en réflexion. Je serais curieux d'entendre son avis sur la façon dont le monde a changé depuis qu'il a écrit ses "21 leçons pour le XXIe siècle" et s'il maintient ses prédictions ou s'il voit les choses différemment aujourd'hui. Il ne s'exprime pas souvent publiquement, donc ce serait une conversation très intéressante.

Merci Pavel, il y a vraiment des points de vue très intéressants ! Comment les gens peuvent-ils suivre votre travail ?

Avec plaisir, n'hésitez pas à vous connecter avec moi sur Linkedin.

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